Dans la forêt d'Argoat, tout le monde le savait : il y avait un dragon. On entendait parfois craquer les branches sous ses pattes énormes. On voyait de la fumée monter au-dessus des chênes. Les enfants du village n'osaient plus aller cueillir des mûres.
Timothée, lui, n'y croyait pas trop. « Un dragon qui n'a jamais mangé personne ? Un dragon qu'on n'a jamais vu ? Drôle de dragon. » Un mercredi, il prit son sac, trois biscuits, et partit voir.
Il marcha longtemps, suivit la fumée, et arriva dans une clairière. Là, assis contre un rocher, il y avait bel et bien un dragon. Immense. Couvert d'écailles vertes. Avec des griffes comme des faux. Et ce dragon... pleurait.
« Bonjour ? » dit Timothée. Le dragon sursauta si fort qu'il se cogna la tête contre le rocher. « Aaah ! Un humain ! » Et il se cacha derrière le rocher. Enfin, il essaya : le rocher était beaucoup trop petit pour cacher un dragon.
« Tu... tu as peur de moi ? » demanda Timothée, stupéfait. « Évidemment, renifla le dragon. Vous êtes terrifiants, les humains. Vous criez. Vous courez dans tous les sens. Et vous racontez des histoires affreuses sur les dragons. »
Timothée s'assit dans l'herbe et sortit ses biscuits. « Moi c'est Timothée. Tu en veux un ? » Le dragon hésita, se pencha, et prit le biscuit du bout des griffes, délicatement, comme on cueille une fleur. « Gaspard, dit-il. Merci. »
Ils parlèrent tout l'après-midi. Gaspard avoua qu'il faisait de la fumée en essayant de se faire cuire des châtaignes. Que les branches craquaient parce qu'il était maladroit. Et qu'il rêvait d'une seule chose : être tranquille, et peut-être, un jour, avoir un ami.
« Le courage, dit Timothée en rentrant ce soir-là, ce n'est pas de ne pas avoir peur. C'est d'aller voir quand même. » Gaspard hocha sa grosse tête : c'était exactement ce qu'il venait de faire, lui aussi.
Depuis, chaque mercredi, Timothée monte à la clairière avec des biscuits. Et si vous voyez de la fumée au-dessus de la forêt d'Argoat, pas d'inquiétude : ce sont juste deux amis qui font griller des châtaignes.
Fin de l'histoire, bonne nuit.


