Chez les sirènes du récifUne longue barrière de rochers et de corail, juste sous la surface de la mer. bleu, on chantait pour tout. Pour appeler les dauphins, pour endormir les bébés, pour dire bonjour aux baleines qui passaient au large. Chanter, c'était comme respirer.
Nérine, la plus jeune, avait un problème. Quand elle ouvrait la bouche, il en sortait un son. Un seul. Un petit son plat, tout droit, comme une porte qui grince. Ses trois sœurs, elles, faisaient trembler l'eau de bonheur.
« Ça viendra », disait sa mère chaque soir. Mais le grand concert des marées approchait, et Nérine savait très bien que ça ne viendrait pas.
Le soir, cachée derrière un rocher, Nérine écoutait ses sœurs répéter. Elles montaient si haut que les poissons-lanternes s'allumaient tout seuls. Nérine essayait tout bas, dans son coin, et le petit son plat sortait quand même.
Alors elle passait ses journées loin du récifUne longue barrière de rochers et de corail, juste sous la surface de la mer., à fouiller le sable. C'est là, un matin, sous une vieille ancreLa lourde pièce de métal qu'on jette au fond pour empêcher un bateau de partir. rouillée, qu'elle trouva le coquillage. Il était nacré, tordu, et pas très joli.
Nérine souffla dedans, comme on souffle dans une bougie. Et le coquillage se mit à chanter. Pas un sifflement : une vraie voix, ronde et chaude, qui montait et descendait comme la houleLe mouvement lent et régulier de la mer, qui monte et descend sans casser..
Le soir du concert, Nérine cacha le coquillage derrière son dos. Quand vint son tour, elle souffla. La voix s'éleva au-dessus du récifUne longue barrière de rochers et de corail, juste sous la surface de la mer., et tout le monde se tut. Même les vieilles tortues arrêtèrent de mâcher.
Le récifUne longue barrière de rochers et de corail, juste sous la surface de la mer. entier retenait son souffle. Les hippocampes avaient arrêté de tourner autour des algues. Tout au fond, deux crabes qui se disputaient depuis le matin s'étaient interrompus au milieu d'une pince levée.
« Nérine ! » s'écria sa mère, les yeux brillants. Ses sœurs la regardaient sans comprendre. Et Nérine, au milieu des applaudissements, se sentit devenir toute froide.
Elle attendit que le silence revienne. Puis elle ramena ses mains devant elle et montra le coquillage à tout le monde. « Ce n'est pas moi, dit-elle avec son petit son plat. C'est lui. Je l'ai trouvé sous l'ancreLa lourde pièce de métal qu'on jette au fond pour empêcher un bateau de partir.. »
Il y eut un long moment sans rien. Puis la plus vieille sirène du récifUne longue barrière de rochers et de corail, juste sous la surface de la mer. s'avança, prit le coquillage, le tourna dans la lumière et demanda : « Tu l'as trouvé toute seule ? Sous le sable ? »
La vieille sirène approcha le coquillage de son oreille, puis de la lumière, puis de son oreille encore. Elle avait deux cents ans et elle n'avait jamais rien vu de pareil dans tout l'océan.
« Oui », dit Nérine. « Nous sommes cent dans ce récifUne longue barrière de rochers et de corail, juste sous la surface de la mer., dit la vieille sirène. Cent à passer devant cette ancreLa lourde pièce de métal qu'on jette au fond pour empêcher un bateau de partir. depuis cinquante ans. Aucune de nous n'a jamais rien trouvé du tout. »
Depuis ce jour, Nérine a un travail rien qu'à elle. Elle cherche. Elle a rapporté un peigne d'argent, une cloche de bateau, une pierre qui brille dans le noir et deux autres coquillages qui chantent.
On lui construisit un petit atelier dans une anfractuosité du récifUne longue barrière de rochers et de corail, juste sous la surface de la mer., avec des étagères de sable tassé. Chaque objet y est posé sur un lit d'algues, avec une petite étiquette en écaille indiquant l'endroit exact où il a été trouvé.
Elle ne chante toujours pas très bien. Mais quand le concert des marées commence, c'est elle qui apporte les voix. Un talent, ce n'est pas toujours celui de la famille : parfois il attend, tout seul, sous une vieille ancreLa lourde pièce de métal qu'on jette au fond pour empêcher un bateau de partir..
Fin de l'histoire, bonne nuit.




