Tout au bout de la Bretagne, sur un rocher battu par les vagues, vit un petit phare. Il s'appelle Loïk. À côté des grands phares de la côte, hauts comme des immeubles, Loïk a l'air d'une bougie d'anniversaire.
Les grands phares balaient la mer de leurs faisceauxLes grands rayons de lumière que les phares envoient sur la mer. puissants. Loïk, lui, n'éclaire pas plus loin que la plage. « À quoi tu sers, petit ? » se moquent les goélandsDe grands oiseaux de mer blancs et gris, cousins des mouettes.. Loïk ne répond pas, mais sa lumière vacille un peu, certains soirs.
Pourtant, Loïk fait de son mieux. Chaque soir, quand le soleil tombe dans la mer, il allume sa petite lampe et il éclaire ce qu'il peut : le bout de la jetée, les casiers du vieux pêcheur, la balançoire du jardin d'à côté. Les crabes viennent se chauffer sous sa lumière, et les enfants du village lui font coucou avant d'aller dormir. C'est peu, mais c'est son travail, et il le fait avec tout son cœur.
Son ami le vent lui raconte la vie des grands phares. « Celui de la pointe éclaire à trente kilomètres ! Les capitaines des cargos le saluent en passant ! » Loïk soupire. Trente kilomètres... Lui, sa lumière s'arrête au premier rocher. Alors il écoute, il apprend, et il range dans sa tête tout ce que le vent raconte : les signaux, les codes, les habitudes des marins.
Une nuit de novembre, la tempête arrive. Une vraie tempête de Bretagne, avec des vagues hautes comme des maisons et un vent qui arrache les volets. Et là, catastrophe : la foudre frappe le grand phare de la pointe. Sa lumière s'éteint d'un coup.
Le vent hurle si fort que les volets du village claquent comme des castagnettes. La pluie tombe de travers, en rideaux serrés. Les goélandsDe grands oiseaux de mer blancs et gris, cousins des mouettes. eux-mêmes, pourtant coriaces, se sont réfugiés sous la cale du port, les plumes en bataille. Loïk serre sa lampe contre lui et regarde la mer devenir une montagne noire qui monte, descend, et cogne son rocher à chaque respiration.
Au large, un petit bateau de pêche cherche le port. Sans le grand phare, le pêcheur ne voit plus rien. Les rochers sont partout, invisibles dans le noir.
« À moi de jouer », souffle Loïk. Il rassemble toute son électricité, jusqu'à la dernière étincelle, et il fait quelque chose qu'aucun phare ne fait jamais : au lieu de tourner, il cligne. Trois coups courts. Trois coups longs. Trois coups courts.
Sur le bateau, le pêcheur écarquille les yeux. Ça, il connaît : c'est le signal des marins ! Il barre droit vers la petite lumière qui clignote, longe le chenalLe passage sûr, sans rochers, que les bateaux suivent pour entrer au port. qu'elle éclaire, et entre au port juste avant la plus grosse vague.
Le petit bateau amarré, le pêcheur reste un long moment sous la pluie, la main sur son cœur, à regarder la petite lumière qui clignote encore. Loïk, épuisé, sent sa lampe faiblir. Mais il tient bon jusqu'au matin, au cas où quelqu'un d'autre chercherait le port. C'est ça, être un phare : on éclaire tant qu'il reste une étincelle.
Le lendemain, tout le village est au pied de Loïk. Le pêcheur pose sa main sur la vieille porte du petit phare. « Les grands phares montrent la mer, dit-il. Mais cette nuit, le petit a montré le chemin. »
Depuis, les goélandsDe grands oiseaux de mer blancs et gris, cousins des mouettes. ne se moquent plus. Et si vous passez un soir tout au bout de la Bretagne, regardez bien : la plus petite lumière de la côte est aussi la plus fière.
The end, sweet dreams.


