Chaque 24 décembre, le village de Fontclaire faisait la veilléeUne soirée où l'on reste ensemble tard, pour fêter ou se raconter des histoires. des lanternes. Tout le monde sortait dans la nuit avec une lanterne en papier, et on marchait ensemble jusqu'à la vieille chapelleUne toute petite église, souvent posée à l'écart du village., en haut du chemin.
C'était une longue file de petites lumières qui montait dans le noir. De loin, on aurait dit un collier posé sur la colline.
Mais cette année-là, à peine sortis, un coup de vent traversa la rue. Pfff. Toutes les lanternes s'éteignirent en même temps, d'un bout à l'autre du village.
On préparait les lanternes toute la journée du 24. Les enfants collaient le papier, les grands montaient les baguettes de bois, et le boulanger prêtait sa colle de farine, qui sent le pain chaud et qui tient mieux que tout.
Il y eut un grand silence, puis quelques rires nerveux, puis plus rien du tout. Sans les lanternes, le chemin devenait noir comme de l'encre, et personne n'avait envie de monter.
« On rentre », dit quelqu'un. « C'est plus prudent », dit un autre. Les gens commençaient déjà à se retourner quand la petite Adèle leva le doigt vers le haut de la colline.
« Regardez. Il en reste une. » Tout en haut, minuscule, une lumière brillait toujours. Elle ne tremblait pas, elle ne clignotait pas. Elle attendait.
Le vent, lui, était reparti aussi vite qu'il était venu. C'était bien ça le plus vexant : il n'y avait plus un souffle d'air, plus une seule raison de rentrer, et pourtant personne ne bougeait.
Adèle partit la première, sa lanterne éteinte à la main. Personne ne la retint, parce que tout le monde était trop occupé à regarder. Puis son père la suivit, puis le boulanger, puis les autres.
En arrivant tout en haut, essoufflés, ils virent que la lumière n'était pas une lanterne. C'était une corne. Une longue corne blanche, posée sur le front d'une licorne assise dans la neige, tranquille comme si elle attendait depuis toujours.
Adèle s'approcha et tendit sa lanterne. La licorne pencha la tête et toucha la mècheLe petit fil au milieu d'une bougie, celui qui prend feu quand on l'allume. du bout de sa corne. La petite flamme repartit d'un coup, plus jaune et plus ronde qu'avant.
Personne ne dit rien pendant un long moment. On entendait seulement la neige craquer sous les bottes et le souffle de la licorne, qui faisait de petits nuages blancs devant ses naseaux.
Alors chacun s'avança à son tour, l'un après l'autre. Cent lanternes se rallumèrent une par une au bout d'une seule corne, sans que la licorne bouge de sa place.
Puis elle se leva, secoua la neige de son dos et redescendit vers la forêt, sans se retourner. La lumière de sa corne devint un point, puis plus rien.
Il fallut du temps, parce qu'ils étaient nombreux et qu'on avançait un par un, sans se bousculer. Les plus petits passaient devant. Personne ne pensa une seconde à protester.
On raconte encore la veilléeUne soirée où l'on reste ensemble tard, pour fêter ou se raconter des histoires. où toutes les lanternes se sont éteintes. On oublie souvent la fin : ce n'est pas la licorne qui a sauvé la fête, c'est Adèle, qui a levé le doigt et qui est montée la première dans le noir.
Fin de l'histoire, bonne nuit.




